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Art Croissanceune nouvelle équipe, de nouveaux sujets, une nouvelle formule web gratuite ! 

Désormais de périodicité semestrielle, Art Croissance affirme sa volonté de partager la passion de l'art contemporain sans modération aucune en offrant une nouvelle formule web entièrement gratuite ! 

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Le dialogue entre celui qui lit et celui qui regarde, bien que parfois moins évident voire conflictuel selon les époques, n'a jamais cessé. Voilà pourquoi, Art Croissance n'imagine pas parler d'art sans y associer la littérature et inversement. Ci-dessous, quelques extraits d'articles et d'interviews, autour de cette relation entre la « chose écrite » et l'art...

 

 

Ecriture et peinture, une pollinisation réciproque

Extrait du texte de Claude Ber, poète et auteur dramatique
Article paru dansArt Croissance n°7

 

 

La peinture fait écrire et l’écriture fait peindre. Si nombreuses sont les rencontres entre peintres et écrivains jalonnant l’histoire de la peinture et de la littérature, qu’il faut renoncer d’emblée à s’y aventurer autrement qu’en esquissant une sorte de typologie rapide comme une manière de cartographier le territoire... Que l’écrivain se fasse critique d’art, on le sait de longtemps, depuis les Diderot, Baudelaire, Aragon et bien d’autres. Peintres et écrivains se côtoient, dans les mêmes mouvements du classicisme au romantisme et plus étroitement encore dans les avant-gardes qui ponctuent le XXème siècle, dadaïsme, surréalisme ou lettrisme quand Guy Debord se joint à Isidore Isou. Plus que cela, ils croisent leurs créations et, parfois même, font incursion dans leurs domaines respectifs. Leur dialogue s’inscrit dans des œuvres croisées où l’écrit vient non pas commenter mais faire écho à la peinture ou, à l’inverse, cette dernière vient, à son tour, non pas illustrer, terme dont la modernité se méfie en ce qu’il assujettirait un des deux arts à redoubler l’autre, mais, elle aussi, faire écho à l’écrit. De ces rencontres électives il y en a trop pour les citer toutes, même à s’en tenir aux plus récentes, sauf à jouer, un instant, de la liste désordonnée et arbitraire à la façon d’un Rabelais. C’est Dufy et le Bestiaire d’Apollinaire ou bien Braque et Si je mourais là-bas. C’est Foucault commentant Les Ménines. C’est René Char dialoguant avec Matisse, Miro, Brauner, Picasso, Kandinsky, Ernst dans des rencontres électives, où tantôt le poème va vers le tableau et tantôt le peintre travaille à partir du poème comme, pour ne citer qu’un exemple, dans les 14 bois que Nicolas de Staël réalise sur Le poème pulvérisé. C’est plus près de nous encore Charles Juliet et Bram Van Velde ou bien Jacottet approchant Morandi comme il le ferait d’un paysage dans Le bol du pèlerin. C’est Butor conjuguant mots et images avec Mondrian, Alechinsky, Vieira da Silva ou réalisant plusieurs livres d’artistes avec Badin. Ces livres d’artistes à deux mains, qui naissent, d’ailleurs, avec Mallarmé et Manet autour de la traduction du Corbeau d’Edgar Poe par le poète, il suffit d’aller au Centre du Livre d’Artiste ouvert en 2005 à Saint-Yrieix-La-Perche, pour en mesurer la vitalité actuelle. Sans les réduire, bien sûr, aux « livres de dialogue » entre peintres et écrivains, s’y déploie l’éventail sans cesse croissant de ces derniers. (...)

 

 

Littératures ou l’amour du Temps... 

Extrait du texte de Raphaël Denys, écrivain
Article paru dansArt Croissance n°7

 

Il ne suffit pas d’être moderne pour ne pas vivre de visions obsolètes. Chose amusante, le concept même d’art contemporain vieillit à vue d’oeil et commence de n’être plus, déjà, pour des raisons que nous allons voir, tout à fait en phase avec son temps. L’une d’elle pourrait bien être son acception abusivement restrictive. En effet, lorsque vous dites : artiste contemporain, vous pensez bien entendu à un artiste plasticien contemporain, non pas un écrivain, un réalisateur, un comédien ou un metteur en scène. Comme si le prédicat contemporain était son appellation contrôlée, son copyright, son pedigree. Or, - sauf à supposer que la littérature ne relève, pas plus que le théâtre, la danse, la musique ou le cinéma, de l’art contemporain, - je ne vois guère ce qui empêche d’étendre le concept de contemporanéité à tous les arts, à toutes les pratiques artistiques, sans exception. Seconde raison : son obsession du présent, sa phobie du temps qui s’écoule inexorablement, son angoisse de passer pour has been, ringard, réac, à la traîne des préoccupations sociales, sociétales de son époque. En vérité, l’art dit contemporain flippe comme il respire. Et pour cause. Critiques et historiens de l’art - emboîtant, en cela, le pas des modernes - ne cessent depuis des décennies de nous rabâcher les oreilles de mots creux tels que : inédit à tout prix, déconstruction de la représentation, bousculement des conventions, remise en question, émancipation, autonomie. Surtout regardez droit devant vous, ne perdez pas votre temps à lorgner dans le rétro-viseur. Guy Debord, que l’on ne peut guère suspecter d’avoir grossi les rangs de l’arrière-garde, écrit néanmoins ceci : « Quand être absolument moderne, est devenu une loi spéciale proclamée par le tyran, ce que l’honnête esclave craint plus que tout, c’est que l’on puisse le soupçonner d’être passéiste. » Remplacez tyran par : société du spectacle, phynance (bonjour Jarry), marché de l’art, institutions culturelles, historiens de l’art préposés à la propagation de la doxa, et vous avez un portrait exact de l’état d’esprit actuel. Cette obsession du temps est à la fois la force, l’intérêt et la limite de l’art dit contemporain. En réaction au classicisme, il veut le changement, il veut agir sur, transformer le monde, bouleverser les codes, réformer la sensibilité et l’entendement humains, c’est curieux mais c’est comme ça, il veut progresser. Il veut le présent qui assurément est une promesse d’avenir. Quant au passé ? Trop encombrant, gênant, compromettant. Dès lors que faire ? Eh bien, émasculons le Temps. Plus commode. Sur tout, nous voulons avoir prise, or nous n’en avons pas sur le passé. Inadmissible ! « Cela, oui, cela seul est la vengeance même, dit Nietzsche : le ressentiment de la volonté contre le temps et son « Cela fut »...

 

 « Les plus auto-proclamés des artistes
soi-disant subversifs sont généralement
ceux qui le sont le moins »

 Extrait de l'entretien avec Cécile Guilbert, écrivain
Article paru dans Art Croissance n°7

 

La dématérialisation amorcée des œuvres d’art peut-elle devenir le meilleur ennemi du « fétichisme » de la marchandise, et ceci malgré le village planétaire dans lequel nous évoluons et qui prospère ?

Il serait bien naïf de penser que dématérialisation rime avec « défétichisation » à l’heure où l’ensemble du « village planétaire », comme vous dites, est prosterné devant les fétiches technologiques (c’est-à-dire les écrans) comme devant le veau d’or. Car de même que la dématérialisation des codex ne signifie pas la fin de la « marchandise livre » mais leur simple translation sur le marché des produits numériques, les œuvres d’art, même dématérialisées et « virtualisées », demeurent des marchandises.

Afin d’être subversif, l’art doit-il être accessible au plus grand nombre ?

L’art n’a pas à être subversif ou quoi ce que soit de définissable mais je constate qu’à l’échelle de l’histoire de l’art, les plus auto-proclamés des artistes soi-disant subversifs sont généralement ceux qui le sont le moins. Faute d’avoir compris que la notion de subversion était soit désormais inopérante parce qu’obsolète eu égard à l’ancienne problématique des avant-gardes, soit prévue par le logiciel du marché lui-même en tant que fausse subversion aussi inoffensive que récupérable. Subversif ou pas, l’art n’est jamais accessible au plus grand nombre mais tous ses succédanés culturels, oui. La preuve ? L’actuelle exposition des archives de Guy Debord à la BNF qui met en scène de manière tout à fait inoffensive (c’est-à-dire « culturelle », « spectaculaire » et idéologique) un art extrêmement subversif que le grand public n’est pas prêt de saisir compte tenu de la manière dont il n’est pas montré.

Les grands artistes ainsi que les grandes œuvres peuvent être tour à tour déflagrations ou annonciateurs des grands basculements historiques. Qu’en est-il pour Warhol ?

Warhol est un excellent révélateur (ou marqueur) d’un basculement « historial » pour parler comme Heidegger, c’est-à-dire métaphysique. Sa pratique tous azimuts (j’entends par là ses sérigraphies, son cinéma, ses photos, toute l’imagerie produite en tant que directeur artistique et graphiste, mais aussi ses activités d’auteur, d’éditeur, de producteur et même de mannequin) incarne le moment où nous pivotons des Temps modernes ouverts par la Renaissance à « l’ère planétaire », époque où tout ce qui existe sur cette terre se subsume sous la catégorie du comput, du calcul, du dénombrement incessant qu’opère le capital. Epoque aussi où l’art se résorbe dans la mode et la décoration. Il en est non seulement le miroir, une parfaite incarnation de son « zeitgeist », mais aussi son prophète, ce qui étymologiquement signifie que la « chose » est déjà réalisée. Quant à ceux qui s’interrogent sur le devenir de la peinture, peut-on dire qu’il est intimement lié à celui de la littérature ? Littérature et peinture ont été intimement liées depuis la Renaissance et on ne compte plus, durant les siècles qui y ont succédé, les collaborations entre peintres et poètes, notamment à travers des entreprises éditoriales. Cette question de la poésie comme parole qui serait l’essence de la littérature est fondamentale. Elle est liée au médium peinture conçu à la fois comme déploiement sensible et « cosa mentale ». Et réciproquement au fait qu’un poème, comme un tableau, vibre de sensibilité et de pensée méditante. Néanmoins, la seconde moitié du XXe siècle a entériné leur progressive déconnection pour une raison qui tient à leurs mutations (voire décompositions) respectives sous les coups de boutoir du nihilisme. (...)

 

DA ! DA ! Lénine était dadaïste,
une révélation explosive...

Article paru dans Art Croissance n°5

 

Dans son livre « Lénine dada », paru aux éditions Le Dilettante, l'écrivain Dominique Noguez soutient une thèse explosive. Zurich, 1916... Naissance du mouvement Dada au cabaret Voltaire. Au même moment, non loin de ce lieu emblématique, demeurait Lénine avec sa compagne. Dominique Noguez apporte des preuves afin d'appuyer sa thèse, à savoir que le futur grand-père du communisme ne s'est pas uniquement contenté d'être un simple voisin du Cabaret Voltaire... Non seulement Lénine assista au soirées dadaïstes, mais de plus il y participa ! Le célèbre mot « dada », ne serait-il donc pas alors non pas trouvé au hasard dans le dictionnaire - comme l'histoire de l'art nous l'affirme - mais issu d'une exclamation joviale de Lénine : DA ! DA ! soit : l'approbatif OUI ! OUI ! en russe. Révélation ô combien étonnante, ouvrant un nouvel angle de vue étonnant de l'Histoire... Rappelons-nous que dada est apparu avant tout (et dans des circonstances historiques précises) comme une réaction à l'absurdité du nationalisme ainsi qu'à l'atrocité de la première guerre mondiale et en opposition, il est vrai, avec le capitalisme moderne. Dada revendiquait alors l’expression la plus forte de l’art comme politique, mais comme politique d’un individu désaliéné de l’Etat et de toutes les « vérités » collectives ! Autrement dit, un individu cherchant la liberté par delà le politique, et prêt à tout lui sacrifier... De quelle manière alors, le premier vent dadaïste a-t-il bien pu traverser les idées du futur dirigeant de la révolution soviétique ? Ironie, tant tragique qu'extravagante, du destin...

 

Entretien avec Dominique Noguez, écrivain

Dans quelles circonstances est née l'idée de votre essai « Lénine Dada » ?

Il est né comme une suite possible au livre Les Trois Rimbaud, que j’ai publié en 1986 aux éditions de Minuit, et sur le même principe : jouer subtilement et éruditement avec l’histoire, en changeant juste une chose, et en regardant ce que cela donne. Je me revois dans le secrétariat des éditions de Minuit, proposant l’idée du Lénine dada à Jérôme Lindon qui venait d’accepter de publier le livre sur Rimbaud. Il avait paru intéressé. Mais Les Trois Rimbaud n’ont pas eu le succès qu’il escomptait (Bernard Pivot avait failli m’inviter avec l’auteur du Perroquet de Flaubert, Julian Barnes, puis il avait réorganisé son Apostrophe en émission sur les animaux et la littérature, or... il n’y avait pas d’animal dans mon livre). Du coup, quand je suis revenu deux ans après voir Lindon avec mon Lénine dada, je l’entends encore me répondre : « Lénine n’intéresse plus personne ! - Mais Dada ? - Encore moins ! » Quelle est dans votre thèse l'équilibre entre fiction romanesque et faits réels ? Dans ce livre, contrairement au précédent où j’avais inventé à Rimbaud un supplément de vie de 1891 à 1937, rien n’est inventé, tous les documents et les faits rapportés sont authentiques. C’est l’interprétation suggérée qui est aventurée, voire aventureuse. Seulement l’interprétation.

Malgré l’évolution de plusieurs dadaïstes vers le marxisme ainsi que leur adhésion au parti communiste, la diversité des tendances politiques (souvent contradictoires) dans le dadaïsme écarte la possibilité d'associer ce mouvement à un positionnement politique précis... Qu'en pensez-vous ?

La plupart des dadaïstes, surtout en Allemagne, se sont clairement situés à l’extrême-gauche. En France, il y a des cas comme celui de Pierre Drieu La Rochelle participant en 1921 au « procès Barrès », avant de devenir, dans les années 40, le collaborateur qu’on sait. Mais la plupart des dadaïstes finiront à gauche, voire carrément au Parti communiste, comme Aragon ou Tristan Tzara.

Imaginer la révolution russe comme un colossal « happening Dada », n'est-ce pas une vision quelque peu audacieuse, voire finalement très dadaïste ?

Vous avez tout compris ! Et c’est vrai dans le cas où on croit à la thèse apparente du livre, comme dans le cas où on n’y croit pas et où on y voit un canular. Dans le premier cas, l’une des périodes les plus importantes et apparemment les mieux connues de l’histoire du XXe siècle change de sens et devient une sinistre plaisanterie, une longue et terrible démystification par elle-même de la doctrine communiste, destinée à aboutir à un énorme « poisson d’avril ! On efface tout et on ne recommence pas ! ». Dans le second cas, celui du canular, non seulement on se donne le plaisir de revivre l’épastrouillante aventure dadaïste, à Zurich et autres lieux, à la fin des années mille neuf cent dix, mais aussi on contribue, par l’ironie, à conjurer le terrible et tragique sérieux de ce qui commença en généreuse utopie et se transforma très vite en régression abominable.