logotype
img1
img2
img3
img4
img5
img6
img7
img8
img9
img10
img11
img12
img13
img14
img15
N°4
N°5
N°6
N°3
N°7
N°8
N°9

FLASH INFO 

Art Croissanceune nouvelle équipe, de nouveaux sujets, une nouvelle formule web gratuite ! 

Désormais de périodicité semestrielle, Art Croissance affirme sa volonté de partager la passion de l'art contemporain sans modération aucune en offrant une nouvelle formule web entièrement gratuite ! 

En savoir plus... 

Art Croissance ➡ N°8

Art Croissance ➡ N°7 

Art Croissance ➡ N°6

 

Art Croissance ➡ N°5

 

 Art Croissance ➡ N°4

  

 Art Croissance ➡ N°3

 

L'art & la fiscalité du collectionneur dans le monde

Véritable petite bible de la fiscalité de l’art, nous recommandons vivement aux collectionneurs et professionnels de faire l’acquisition de cet ouvrage.

Sur près de 450 pages vous y trouverez (et pour 86 pays) : toutes les informations relatives aux dispositions fiscales liées au mécénat ou au régime d’application du droit de suite ; à la taxation tant à l’achat que la possession ou à la vente.  «  L’art jouit d’une taxation particulière dans la plupart des “grands” pays. Néanmoins, personne ne s’était attaqué à comparer les différents systèmes fiscaux alors même qu’ils sont très influents sur la localisation des transactions. » indique Antoine Cadeo de Iturbide, responsable des opérations d’A&F Markets et auteur de L’art et la fiscalité du collectionneur dans le mondeDe manière ludique, vous y trouverez un lexique synthétique mais aussi les coordonnées des ports-francs et zones franches d’Europe. Que vous soyez donc collectionneur d’un jour ou depuis toujours, galeriste aguerri ou nouveau venu sur le marché de l’art, marchand, professionnel exerçant au sein d’une maison de vente... A l’heure de la mondialisation, L’art et la fiscalité du collectionneur dans le monde s’avère tout bonnement indispensable !

 


 

Le marché français s’est durant une longue période quelque peu reposé sur ses acquis...

 Entretien avec Martin Guesnet Directeur associé /    
Art abstrait et contemporain Artcurial

 

Moins de dix artistes français, nés après 1945, figurent dans le top 500 des artistes contemporains. Quelles seraient, pour vous, les grandes mesures d’État qui pourraient ou devraient être prises pour promouvoir la création tricolore à l’étranger ?

Il faudrait en premier lieu s’interroger sur les raisons de cette absence, cependant relative, des artistes français issus de la génération d’après-guerre. Durant de nombreuses années, la France était refermée sur elle-même et, par conséquent, peu confrontée à la concurrence. De plus, du fait du monopole dont jouissait les commissaires-priseur, la concurrence internationale était peu  présente sur le marché de l’art national. Ceci a eu pour conséquence que le marché français s’est durant une longue période quelque peu reposé sur ses acquis, à savoir l’art impressionniste et moderne, et l’art abstrait issu de « l’École de Paris ». Héritier de tant trésors culturels, le marché français a donc négligé la création contemporaine alors que les opérateurs anglo-saxons propulsaient des artistes américains, allemands ou anglais (pour ne citer qu’eux) désormais omniprésents sur le marché international. 

Cependant, la situation a changé. L’État a agi en conséquence, en supprimant notamment le monopole des commissaires-priseurs. Par conséquent, cela a abouti à une profonde mutation nous obligeant à méditer sur de nouveaux modèles commerciaux. Longtemps, le caractère commercial du marché de l’art était tenu en horreur par les institutions françaises, ce n’est plus le cas  aujourd’hui.

En effet, il y a de plus en plus d’initiatives mariant les institutions et le privé, ces derniers travaillant main dans la main afin de donner la pleine mesure à cette place de Paris qui reste toujours une des plus attractives au monde. Artcurial est un exemple de réussite dans ce domaine. Nous allons fêter nos dix ans d’existence et sommes aujourd’hui, de loin, le premier acteur français .

De nouveaux moyens d’expression, tels que la vidéo et les installations, sont désormais bien ancrés dans le monde de  l’art contemporain. Comment les abordez-vous d’un point de vue stricto sensu commercial ?  

L’immatériel, bien qu’ayant lui aussi une   valeur commerciale, est encore peu présent dans les ventes aux enchères. Contrairement à la photographie qui est désormais totalement intégrée au marché, la vidéo et les installations (du fait entre autre de problématiques liées tant à leur exposition qu’à leur conservation) sont positionnées sur un micromarché essentiellement animé par les galeries ou les institutions. 

La mondialisation du marché de l’art implique désormais d’avoir une vision  globale, quels sont les projets d’Artcurial en termes d’implantation ?

Durant les dix premières années d’existence d’Artcurial, notre stratégie était d’assoir notre présence en France. Désormais, étant donné que nous avons une position forte à Paris, nos initiatives se tournent tout naturellement vers l’extérieur. D’ailleurs, on peut considérer Artcurial comme une maison internationale lorsqu’on sait qu’en 2011 plus de 60% de nos acheteurs n’étaient pas français. Bien que restant « culturellement » une maison française, nous avons ouvert ces deux dernières années un bureau à Pekin, à Bruxelles ainsi qu’à Milan. Nous désirons consolider notre présence européenne et avons pour projet d’être présents en Allemagne ainsi qu’en Europe de l’Est. Parallèlement à ceci, nos regards se portent aussi beaucoup plus loin… Ainsi, nous avons des projets de développement pour les années à venir portant sur l’Asie, Hong-Kong voire New-York.

En quoi le marché de l’art est ou doit-t-il être déconnecté des marchés financiers ?

Il n’y a pas forcément un rapport d’influence entre les marchés financiers et celui de l’art. Cependant, bien que volatile, le marché de l’art est plus préservé car il s’agit d’un « petit » marché… Celui-ci représentant malgré tout, et ceci rien qu’en France, trois milliards d’euros. Mais mis en perspective, c’est peu au regard des échanges boursiers journaliers internationaux. Malgré tout, au-delà des chiffres, ce marché est davantage observé grâce à la valeur symbolique des biens qui s’y échangent : on y vend « de l’esprit » mais aussi une reconnaissance sociale. Le marché de l’art est d’ailleurs un petit monde, qui s’agrandit certes, mais pour lequel sont connus la plupart des grands intervenants. 

L’arrivée ces deux dernières décennies de collectionneurs issus des pays émergents a modifié le comportement, les aspirations ainsi que la sensibilité des acheteurs. Quelle est votre analyse quant à cette mutation ?

La mutation la plus profonde pourrait être rapprochée  à la culture du zapping. Les   galeristes ont perdu leur prépondérance. Désormais, les acheteurs savent précisément ce qu’ils désirent et se focalisent plus sur l’image que sur le contenu. De plus, l’acheteur est très volage en termes d’intervenants. Par le biais des nouveaux moyens de communication, l’offre est désormais accessible d’un clic, ce qui n’était pas le cas il y a encore vingt ans où il faillait pousser la porte des galeries ou se rendre physiquement dans les salles de ventes.  

   


 

   Pierre Cornettede Saint Cyr

 

« La spiritualité est le contenu essentiel de l’art »

Le célèbre commissaire-priseur et, faut-il le rappeler, président du Palais de Tokyo, nous a fait le plaisir d’échanger avec nous. L’occasion pour lui de livrer, et sans concession aucune, quelques unes de ses réflexions sur l’art, son devenir et la situation du marché hexagonal. Fougueux et loin d’être passéiste, c’est un homme de combats et résolument tourné vers l’avenir qui nous a reçu…

 

Entretien avec Pierre Cornette de Saint Cyr

Via un raisonnement darwiniste appliqué à la création contemporaine, peut-on imaginer que l'émergence de l'art dit  « numérique » puisse supplanter voire faire disparaitre d'autres expressions artistiques plus anciennes comme par exemple la peinture ?

Il est clair que la prochaine étape est irréversiblement l’art numérique, nous sommes dans le monde prophétisé par Yves Klein qui nous annonçait dans les années 50 notre entrée dans la civilisation de l’espace et de l’immatériel. Avec le numérique tout est possible, et ceci que ce soit dans la peinture, la sculpture ou les projections. La peinture dispose donc désormais, au contraire, d’un nouvel outil de création supplémentaire. Les « bons peintres » s’inspireront de l’univers numérique du fait de ce nouveau monde qui s’ouvre à eux. Grâce à ses possibilités infinies, c’est un nouvel outil de création fabuleux qui n’est pas en opposition avec la peinture elle-même. Nous avons changé de civilisation en deux générations, près de 90% des découvertes technologiques et scientifiques de l’histoire de l’humanité ont été réalisées durant la seconde partie du XXème siècle ; l’art et la science doivent donc faire route commune, les scientifiques et les artistes utilisant au final les mêmes outils de création. 

Le scientisme a-t-il remplacé le religieux dans l'art ?                     

Durant le Moyen Âge tout émanait de Dieu, il régissait tout et ceci de la vie sexuelle à  la vie politique et scientifique. L’art au Moyen Âge servait donc la gloire de Dieu, à compter de la Renaissance les artistes ont décidé de faire appel à leur intelligence en appréhendant  le monde comme une horloge et en analysant son mécanisme et ses rouages afin de le comprendre… Cette vision du monde donnant un langage descriptif afin de pouvoir décrire l’univers. Puis arrive Rimbaud, tout comme Klein un voyant, qui nous dit un soir : « J’ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l’ai trou- vée amère. Et je l’ai injuriée. » Cette pensée, additionnée à la célèbre phrase de Nietzsche « Dieu est mort », signant  la fin de la Renaissance et de sa vision. 

Une fois rentré pleinement dans le XXème siècle, avec l’intelligence sans Dieu, Dieu devient une hypothèse. Cependant, les scientifiques essaient aujourd’hui d’expliquer l’existence d’une connaissance globale, donc de prouver d’une certaine façon scientifiquement Dieu… L’univers étant bien trop intelligent pour que tout ne relève que du hasard. Les religions ont essayé d’expliquer le monde et sa création, désormais c’est la science qui s’y emploie. La spiritualité est le contenu essentiel de l’art, sans spiritualité la peinture n’étant rien d’autre que du papier peint ! Encore aujourd’hui, tous les grands artistes, c’est-à-dire eux qui mettent en forme la civilisation, sont porteurs de spiritualité. Cependant cette vision de la spiritualité, qui ne doit pas être confondue avec la religion,  suit aussi l’évolution du monde et  ne revêt donc plus désormais la même forme. 

La démocratisation de l'art contemporain a amené certains à privilégier le ressenti aux critères objectifs de jugement, quelle est votre position ? 

Il y a effectivement des critères objectifs de jugement qui vont au-delà du simple « j’aime » ou « je n’aime pas » et qui ne revêtent que peu d’importance en soi. Picasso disait que  « l’art c’est comme le chinois, il faut apprendre… » Le ressenti est lui aussi fondé sur le savoir, il faut donc apprendre ! Me concernant, l’œuvre d’art se doit d’être un véhicule de civilisation, c’est-à-dire pouvoir être annonciatrice du futur. Quant à la forme et le contenu, ils doivent être au même niveau. 

Quels seraient les artistes qui figureraient « au Panthéon »  de votre musée imaginaire ?                 Pour ce qui a trait au siècle dernier, j’y ferais figurer Malevitch. Evidemment Marcel Duchamp, qui inaugure le XXème siècle en décrétant ce qu’est de l’art et en  le redéfinissant. Yves Klein, bien sûr, qui est pour moi un génie absolu. 

Il n’y a pas que des facteurs économiques et géopolitiques qui expliquent le succès des artistes chinois sur le marché de l'art mondial ? Quelles sont les leçons que la France devrait tirer ? 

Il n’y a pas suffisamment de grandes expositions à l’étranger de nos artistes français, la promotion des artistes tricolores n’étant essentiellement faite qu’à  l’intérieur du territoire national. Les grands musées devraient organiser de grandes expositions à l’international. Quel dommage ! D’autant plus que malgré une mauvaise politique culturelle, notre pays conserve malgré tout une image sans pareil dans le monde. Il suffirait d’un rien pour que tout redémarre, tout est affaire de volonté…

 


 

La Chine, désormais leader du marché de l’art 

Pays alimentant tous les fantasmes, les jalousies et parfois les craintes, la Chine se voit depuis maintenant un peu plus de dix ans faire parler d’elle non pas uniquement pour son miracle économique, son actualité géopolitique, mais aussi pour ses artistes qui investissent la scène internationale. La croissance du pays et le marché de l’art chinois semblant aller de concert… Il n’y a pas une galerie, un musée ou une salle de vente qui ne se voit s’interroger sur cette déferlante qui semble modifier le paysage artistique mondial. Profitant de la mondialisation, la Chine est désormais  leader sur le marché de l’art mondial.   Avec son taux de croissance  deux chiffres jalousée par les plus grands puissances occidentales, ceci bien que la majorité de la population n’en bénéfice pas encore, les artistes chinois (expatriés ou non) figurent parmi les nouveaux riches enfantés par la libéralisation de l’économie ; d’ailleurs,  près de la moitié des cinq cents artistes mondiaux sont désormais chinois… Bien aidés par un petit coup de pouce des mécènes chinois (le pays compte depuis peu plus d’un millions de millionnaires en dollars) ainsi que le pouvoir central qui y voient une rentrée d’argent inespérée (favorisée par des mesures protectionnistes) ainsi qu’une revalorisation de l’image du pays à l’étranger, tout en sachant que la censure est encore bien présente et sévit toujours lorsque les artistes chinois titillent de trop près la politique nationale, comme par exemple avec le très médiatisé Ai Weiwei. 

Malgré une forte occidentalisation du pays, un patriotisme artistique habite les créateurs contemporains chinois qui ont su créer des passerelles entre l’asie et l’occident et assimiler les codes occidentaux afin de conquérir le cœur tout autant que le portefeuille des collectionneurs. Des artistes chinois, encore inconnus du grand public, mais dont les œuvres s’adjugent parfois à plusieurs millions (Wang Yidong, Chen Yikeit,Liu Xiaodong, Zeng Fanzhi, Zhang Xiaogang…) damnent désormais le pion aux artistes occidentaux. Même si un attrait pour les nouveaux médiums tels que la vidéo semble gagner les artistes chinois, les records de ventes étant réalisés par des œuvres associant contemporanéité et traditionalisme.  Les mediums tels que la vidéo, les installations, les performances ainsi que le Body Art n’étant pas en reste en termes de jeunes talents, mais ces deniers n’ayant pas encore à ce jour l’impact des artistes peintres ou plasticiens qui font frissonner les salles de vente de par le monde et se voient invités dans les plus grandes manifestations internationales. Le marché de l’art contemporain chinois intéressant autant les investisseurs que les critiques d’art, on se rend au pays autant pour visiter la zone 728 (ancienne friche industrielle pékinoise transformée  en zone marchande dédiée à l’art contemporain, devenue un site touristique pour collectionneurs) que pour la muraille de Chine… Pékin, au coude à coude avec New-York, étant désormais la deuxième place mondiale de marché pour la vente d’œuvres contemporaines, nous ne sommes pas étonnés qu’Hong Kong (en pleine expasion), Shangai bénéficient elles aussi de cet aura et voient leurs parts de marché gagner année après année. Quant aux maisons de vente chinoises, Poly International et China Guardian,  tout naturellement elles inquiètent sérieusement les deux grandes  maisons historiques occidentales que sont Christie’s et Sotheby’s. Outre les chiffres, qu’en est-il vraiment des courants artistiques ? Au niveau de l’art contemporain, on peut distinguer deux courants majeurs issus de la fin des années 70 : Le Xiamen Dada et le Political Pop Art. Le premier, influencé par le mouvement Dada, néo-dadaiste et taoiste ; le second, quant à lui, détournant les codes du « réalisme socialiste » associé au style graphique ainsi qu’à l’univers publicitaire. Ces deux mouvements étant nés d’un sentiment d’opposition avec l’art officiel (assujetti par l’Etat) et fortement marqués par les évènements de la place Tian’an Men.

Néanmoins, ces deux mouvements sont motivés par des inspirations différentes. Le mouvement Xiamen Dada s’est bâtit avec un esprit d’indépendance presque anarchiste. Le fondateur, Huang Yong Ping, ayant été inspiré par le taoïsme, le mouvement Dada, Duchamp, Roland Barthes, John Cage… Le Xiamen Dada interrogeant les paradoxes de la pensée humaine, les rapporrts entre signifiant et signifié. On peut, en revanche, légitimement s’interroger sur les contradictions du Political Pop Art du fait de son absorption par le marché...

 


 

   Olivier Roumélian

Œuvres d’art et ISF, des amis de 30 ans ! 

Par Maître Olivier Roumélian, avocat au barreau de Paris
(Cabinet Olivier Roumélian)

Jusqu’à ce jour, les œuvres d’art ont toujours échappé à l’imposition du patrimoine instituée par l’impôt sur les grandes fortunes en 1983 auquel l’impôt de solidarité sur la fortune (« ISF ») s’est substitué en 1989. La nécessité de trouver des recettes fiscales importantes afin d’assurer l’équilibre des finances publiques et l’élection de François Hollande à la présidence de la République, désireux de procéder à une réforme fiscale d’ampleur marquée sous le sceau de la justice fiscale sont de nature à relancer le débat. Avant lui, en 2011, à l’initiative d’un député UMP, la commission des finances de l’Assemblée nationale avait adopté un amendement conduisant à intégrer les œuvres d’art dans l’assiette de l’ISF. Cet amendement avait toutefois été rejeté par le Gouvernement. François Baroin, ministre du Budget d’alors, avait estimé que cette initiative était un « non-sens culturel, économique et fiscal ». Plusieurs arguments sont généralement utilisés par les opposants à une telle réforme. Il y a tout d’abord la difficulté pratique à procéder à un recensement exhaustif et à l’évaluation de ces biens. Une telle imposition pourrait également se heurter à la jurisprudence du Conseil constitutionnel liant l’imposition du patrimoine à la nécessité de production de revenus des actifs taxés. Plus largement, ce sont les conséquences sur le marché de l’art en France qui dissuadent de procéder à une telle réforme.

En effet, les Gouvernements successifs souhaitent éviter que l’assujettissement des œuvres d’art à l’ISF ne devienne une Incitation à les Sortir de France Pourtant, un examen attentif de la situation permet de se rendre compte que la France est désormais distancée sur le marché de l’art. Depuis plusieurs années, la part de la France en valeur se situe à moins de 5%. Après une chute constante, la France a perdu sa place de leader et se situe désormais au 4ème rang mondial, très loin derrière la Chine, les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni. Force est de constater que cette dégradation peut s’expliquer par de nombreux facteurs, y compris fiscaux, mais certainement pas par l’imposition de la détention des œuvres d’art. Après trente années d’imposition du patrimoine en France, une réflexion pourrait être engagée sur l’exonération des œuvres d’art. Alors que le seuil des trois millions de chômeurs a été atteint, pourquoi continuer à exonérer des biens culturels censés produire du plaisir à leurs détenteurs et dans le même temps imposer, du moins partiellement, l’entreprise créatrice d’emplois ?

La réforme fiscale à venir pourrait être l’occasion de poser cette question et de prendre en compte les réalités du monde actuel. Entre la mobilité internationale des contribuables et de leurs biens et des taux de rendement très bas, quelle que soit l’assiette, une imposition annuelle du patrimoine au taux marginal de 1,8% demeure un non-sens économique !

 


 

    Stefano Moreni lors d'une vente
   d'oeuvres d'art à Sotheby's

« L'art peut se révéler un bon investissement à condition qu'il soit fait avec passion »

Entretien avec Stefano Moreni, Directeur du département Art Contemporain, Sotheby’s France 

Quelles sont les principales tendances du marché de l'art contemporain pour l'année en cours et quels sont, selon vous, celles qui se profilent pour l'année 2013 ?

Les 29 et 30 mai, plus de 14 M€ saluèrent l'Art Contemporain, avec une Composition de Nicolas de Staël, peinte en 1947, doublant son estimation basse à 1,52 M€. Ajoutons les 912 750 € d'un Jean-Michel Basquiat de 1984 et les 540 750 € d'une toile de Vieira da Silva, pour montrer que toutes les tendances de l'Art Contemporain connurent un vrai succès. Par ailleurs, lors de cette vente, neuf des dix plus hautes enchères dépassèrent leur estimation haute. A l'issue du premier semestre 2012, Sotheby's est leader en France dans le domaine de l'Art Contemporain.

Peut-on toujours continuer à employer le terme, très en vogue, de "valeur refuge" pour l'acquisition d'œuvres d'art contemporain ?

Cette question simple n'appelle pas de réponse simple ! Tout d'abord, les collectionneurs achètent des œuvres d'art par passion et par plaisir. Et le caractère unique de chaque œuvre et l'évolution peu prévisible de la cote des artistes dans le temps font que l'art ne peut être assimilé aux quasi-"commodities" que sont l'or ou l'immobilier. Il est vrai que le marché connait un développement très rapide depuis une dizaine d'années. C'est le résultat de l'arrivée de collectionneurs internationaux sur le marché, en particulier russes, chinois, indiens et sud-américains. L'œuvre de Munch vendue à New York pour près de 120 millions de dollars, une icône et un jalon dans l'histoire de l'art, est le résultat d'un signal très fort pour nos clients dans un domaine qui fait intervenir la passion, au-delà de toute autre considération. Le fonctionnement du marché ces dernières années nous enseigne que les œuvres d'art de grande qualité ou de provenance prestigieuse ne se démodent pas, et restent très demandées même en temps de crise économique. Voyez les records aux enchères pour Giacometti, Modigliani ou Picasso en 2010 par exemple, ou le tableau de Cady Noland provenant de la collection Marcel Brient adjugé pour la somme record de 6.6 M€ chez Sotheby's à New York en novembre dernier. 

Sur une logique de pure rentabilité, que conseilleriez-vous : investir dans une œuvre mineure d'un artiste confirmé ou bien investir dans une œuvre majeure d'un artiste émergent ?

A toutes les époques, l'art contemporain - au sens de l'art du moment - a été celui qui déclenchait les variations de prix les plus extraordinaires. Le temps se charge de reclasser les valeurs. L'art peut se révéler un bon investissement à condition qu'il soit fait avec passion.

Quels sont, pour les mois qui viennent, les projets et "grands chantiers" de Sotheby's ?

Six collection et autant de personnalités et de mondes différents se succèderont cet automne chez Sotheby’s. La saison s'ouvrira, le 24 septembre, avec la vente de la collection réunie par Marcel Brient autour de l'art en France, des années 60 à nos jours. Au programme: Hantaï, Raysse, Dezeuze, Buren, et tous ceux qui ont fait l'actualité de nos galeries et institutions à cette époque. Puis, place aux charmes de l'Orient à l'occasion de la dispersion du très bel ensemble réuni par Patrick Guerrand-Hermès qui ornait naguère les murs de sa villa Aïn Kassimou à Marrakech. Ensuite viendra la vente de l'extraordinaire collection musicale d'André Meyer, rassemblée dans la première partie du siècle dernier. La collection Mis, elle, nous propose un survol de la deuxième partie du siècle dernier, avec notamment des œuvres fortes des artistes novateurs qui furent Magritte, Calder, Fontana, Warhol, Boetti. Le 9 novembre, deux collections très raffinées, composées de mobilier, de peintures et d'objets d'art du XVIIIe siècle complèteront cette exploration automnale des styles et des époques. Enfin, la vente d'Art Contemporain des 4 et 5 décembre proposera deux huiles sur toile de Nicolas de Stäel. Avec ces deux œuvres jamais passées en vente publique, Sotheby's France renouvellera son engagement en faveur des maîtres de la seconde Ecole de Paris.